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Résidences, rencontres et ateliers

  • Aubagne... fermeture de rideau?

    Pour la 18e année, l'atelier écriture, mené pour les images avec Françoise Malaval, est arrivée à bon port cette année au Collège Lou Garlaban d'Aubagne. Ce sera sans doute la dernière puisque, après en avoir réduit le budget de moitié en 2015, la municipalité l'a tout simplement entièrement supprimé en 2016! Il est vrai qu'acheter à tout va des cameras de surveillance... c'est beaucoup plus culturel et social! 

    Je reviendrai bientôt sur tout cela et sur mon refus de participer à Grains de sel, le salon du Livre Jeunesse auquel on m'a invité dans cette même ville).

  • Sciences et livres métisses à Digne

    Samedi 11 juin, retour à Digne pour une journée dédicaces et réalisation d'un kolam par Françoise Malaval dans la cour de la Médiathèque. Merci à Benoît Degrave de la Ligue de l'enseignement 04 et tous les bénévoles, y compris ceux de la section d'Amnesty International pour leur accueil chaleureux et la qualité de leur organisation. Un grand merci également à l'équipe de la médiathèque.

    Un seul et grand regret: que le public n'est pas été plus nombreux!

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    Françoise Malaval à son kolam. Au début étaient les points...

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    Puis vient la ligne...*

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    Puis vient la couleur...

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    Mais toute la beauté du kolam... c'est que c'est un art éphémère!

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  • Dans la Gazette

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    Dans la Gazette des éditions Thierry Magnier du premier trimestre 2016, une double page sur les auteurs qui ont les deux pieds dans l'actualité... je m'y tiens aussi!

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  • Ateliers d’écriture : le retour !

    Depuis cet automne, j’ai renoué avec une pratique que j’avais délaissée depuis très longtemps, à la seule exception, notable il est vrai, du travail mené avec le collège Lou Garlaban à Aubagne[1] : animer des ateliers d’écriture. Pourquoi y revenir ? Une nécessité. Celle de prolonger de trop courtes rencontres d’auteur, où l’on sent bien, quand elles sont réussies, que quelque chose s’amorce sans jamais savoir sur quoi ça débouchera. Frustration, et parfois le sentiment que cela restera « lettre morte ». Partager l’acte d’écrire aussi est une nécessité, aujourd’hui plus que jamais. Parce que la pensée quand elle se fait écriture s’affine, se complexifie, elle permet tout autant d’appréhender le monde dans sa diversité que de se saisir de son soi en profondeur. On mesure alors la relativité qui existe entre ces deux termes, aux deux sens pleins de ce mot. On découvre, et à chaque expérience cela vous percute, combien tout comme l'autre, les autres, on peut être prisonnier dans sa propre langue ; la pensée ligotée à son étroit lexique personnel. A travers l'échange et le partage, plus encore qu’un acte libérateur, écrire devient alors un élan émancipateur.

     

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    atelier écriture Bengalore (Inde)

    Courant novembre et décembre, j’ai été amené à conduire un atelier d’écriture pour une structure de formation, Espace Formation, sur la ville d’Istres dans le cadre du dispositif ACTIS. Ce dispositif d'actions d'insertion sociale est destiné aux bénéficiaires du RSA. L'objectif est de construire un projet individuel à partir d'une dynamique collective, celle du groupe qui se réunit plusieurs fois par semaine pour participer à des ateliers d’apprentissage, de création et surtout de socialisation. Un des objectifs majeurs étant de permettre à chacun de lutter contre l'isolement en développant des liens sociaux.

     

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    atelier écriture et illustration avec Françoise Fédération des Foyers Ruraux de Lozère

     

    Durant sept séances d'atelier, les mots du quotidien, ceux qui portent les souvenirs, ou encore ceux qui donnent à rêver, ont fait surface dans l'échange et la confiance. Des mots qui ont le goût du pain de tous les jours: simples, modestes, souvent tendres, parfois amers, mais toujours vrais. Une expérience qui m’a laissé un double sentiment : avoir été utile tout en sortant de là humainement enrichi.

     

     

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    Atelier écriture ACTIS Istres

     

    [1] Une opération Ville Lecture avec deux classes de 6e menée depuis une bonne quinzaine d’années, tout d’abord avec le conteur Jean David et ensuite avec mon épouse, Françoise Malaval, illustratrice. Cette opération avait été initiée par Liliane Rebillard. Aux dernières municipales, la ville d’Aubagne a changé de bord, la mairie est passée à droite, et, du coup, les ateliers, eux, à la trappe !

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    atelier écriture Ville Lecture Aubagne collège Lou Garlaban

  • Flash-back Narbonne

    Flash-back. Très bon compte rendu d'une très belle rencontre à Narbonne.

     

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    A l’occasion du salon du livre et de la jeunesse de Narbonne, la classe de CM2 de Mme Collet Institution Sévigné à eu le grand plaisir de rencontrer l’auteur du livre qu’ils ont lu et choisi en septembre : Patrice Favaro pour son ouvrage « Ombres et petites lumières »

    Résumé :

    « Nous sommes au Kerala, au sud-ouest de l’Inde. C’est là que vit DIPIKA, une petite fille de 12 ans. Depuis que le père a fait fortune dans le commerce des chips de bananes, la famille connaît une existence aisée. Un soir, une représentation du théâtre d’ombres a lieu dans un temple voisin. Le public de ces spectacles traditionnels se fait de plus en plus rare, mais DIPIKA est fascinée, au point de se faire remarquer par le montreur d ombres. Surpris et épaté, il décide de lui révéler les secrets de son art, bien qu’il soit interdit aux filles de le pratiquer. Chaque soir aprés l’école, DIPIKA file en cachette dans la bicoque de M.KAMPAN pour s’initier à la confection et à la manipulation des marionnettes.Mais l’absence de public n’est pas la seule menace à cet art : ils vont être chassés de leur quartier miséreux car des spéculateurs immobiliers veulent y construire de luxueux hôtels.

     

    Pour lire la suite, c'est ici

  • Resurgi!

    Oui, resurgi du passé! Il y a quelques années, j'ai écrit, pour la manifestation Ecrire ensemble en Méditerranée, un texte où je faisais resurgir quelques personnages d'un passé tout personnel (réalité ou fiction). Cela devait donner lieu à une publication. Le temps a filé, l'oubli a recouvert tout cela de sa pelote. Et puis, samedi dernier, dans la boîte à lettres, le passé s'est fait présent pour redonner vie à ce texte dans un recueil qui rassemble des auteurs du Sud (Mireille Disdero, Régine Detambel, Marcus Malte, Jean-Luc Luciani et quelques autres) mais aussi les nouvelles primées des concours dont nous avons été les uns et les autres les parrains et marraines.

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    Dans ce texte, un de mes personnages fait prendre l'air aux mots.... une belle occasion de donner un peu d'air frais à ce récit en le mettant ici en ligne. En espérant que sa lecture vous donnera plaisir à cheminer en mes lignes.

     

    SOUS UN HABIT D’ARLEQUIN

     

    Tout territoire est une peau ou mieux un manteau sous le couvert duquel les hommes amassent leur pelote, tressent leur nid. Ils y naissent un jour, grandissent là pour la plupart et finissent par blanchir dans ce même espace balisé au quotidien, souvent sans jamais avoir ressenti l’envie de l’abandonner. C’est que tout territoire est un tissu à la maille étroite, un filet ; il enserre autant qu’il rassure. Difficile de s’en défaire sans éprouver la douleur d’une blessure.

     Certains se sentent pourtant à l’étroit et trop engoncés dans cet habit-là. Si le plus grand nombre parvient à faire son miel entre les plis et les replis protecteurs de sa terre, d’autres étouffent vite sous le poids du coutil des habitudes. Ils aspirent à se frotter au grand dehors pour peu qu’ils l’aient entraperçu, ne serait-ce qu’une fois, un court instant, par un accroc fait à la trame des jours.

     Longtemps j’ai porté un tel manteau sans en sentir le poids, un balandran de berger jeté entre les iscles d’or de la Durance et les torchères de la Shell. Un tissu d’Arlequin. Dix-sept pièces. De l’élégante et antique toile d’indienne aux fibres polymérisées de la pétrochimie. Dix-sept pièces cousues, de fil blanc, peut-être, mais bâties l’une sur l’autre au point de surjet avec l’espoir de durer. Des morceaux disparates, inventaire à la Prévert, des pièces assemblées au hasard de l’Histoire, des histoires, avec Sénas pour pôle Nord et Berre-l’Etang pour Croix du Sud.

     Longtemps j’ai habité satisfait sous cet habit d’Arlequin, disais-je ; mais un matin, j’ai vu trois martinets zipper le ciel au-dessus de ma tête, en direction de l’est. Signe, augure, présage : brisé le charme qui me retenait prisonnier. J’ai salué ces oiseaux arpenteurs des nuées et l’envie m’a pris moi aussi de l’envol. Il ne faut jamais remettre ses rêves au lendemain. Sur la route de Lamanon, aux gelées de printemps, j’ai vu trop souvent des moutons emperlés de rosée scintiller aux rayons d’un soleil matinal qu’ils imaginent avec naïveté tout éternel. Des moutons qui portent un chiffre peint sur le dos, celui tracé de leur destin et de son terme : un éclair métallique et tranchant. Hommes ou bêtes, le temps nous est ainsi compté, il nous presse.

     J’ai donc quitté mon toit, laissé Mallemort à son rocher et fait glisser le manteau de mes épaules.

     Pour me sentir léger.

     Et m’offrir au monde.

    À présent, lorsqu’il m’arrive de revenir, c’est un habit de voyageur que j’ai sur le dos et le regard que je porte à ces lieux est désormais rincé du sédiment des habitudes. Ma curiosité s’y montre moins assoupie, mes sens plus aiguisés. Est-ce la raison pour laquelle, parmi le groupe de marcheurs que j’accompagnais ce jour là, moi seul ai remarqué le vieil homme assis sur un muret de pierres sèches ?

    C’était à la mi-avril, l’hiver avait longtemps tenu sa proie ; à l’instant où il l’avait enfin lâchée, tout s’était mis à fleurir en désordre : thym et romarin, iris nains, cistes, asphodèles et euphorbes, les abricotiers et les cerisiers aussi dans les vergers tandis que sur les branches d’amandiers restaient encore des pétales. Une journée littéraire avait été organisée par les bibliothécaires de trois municipalités appartenant à la communauté de communes Agglopole Provence. Nous étions descendus de l’autobus aux confins de Pélissanne avec l’intention de rejoindre à pied Aurons et enfin Vernègues par un chemin qui court sur le crâne dégarni des collines. Ce n’était pas une expédition mais une balade propice à faire entendre un choix de textes tout autant qu’à inviter la quarantaine de participants à remplir les pages de leur carnet de vagabondage. Je devais ouvrir la marche, servir de guide au groupe, mais je ne tardai pas à me retrouver en queue de peloton, occupé que j’étais à marcher avec les mots, à les mâcher pour en faire des phrases.

    Au-delà d’un plateau couturé de restanques stériles, balisé de pylônes T.H.T bourdonnant comme des insectes avant l’orage, le chemin glissait vers un vallon à travers un bois dense d’yeuses. De l’endroit précis où je me trouvais, j’apercevais plus bas dans la combe une oliveraie étroite suspendue à un surplomb de terre que retenait un muret. L’argenté des oliviers faisait clairière au mitan des chênes sombres ; des brassées de branches jonchaient le sol au pied de chaque arbre coiffé de frais. Le muret était bâti de pierres jaunes, il marquait la limite basse du champ, juste au-dessus du chemin. Un vieil homme avait choisi pour s’asseoir la plus large et la plus plate des pierres. Je vis la file des randonneurs qui me précédaient passer devant lui, aucun ne se soucia de sa présence, ce qui m’étonna fort. Je m’élançai à mon tour sur le chemin descendant. Allant bon pas pour tenter de rejoindre le groupe, j’entrai sous le couvert des chênes. La lumière y était plus incertaine, mouvante, liquide, une lumière de l’entre deux ; elle n’était déjà plus aussi rasante qu’en hiver mais ne ressemblait pas encore à celle de l’été, lorsqu’elle tombe du ciel comme un fil à plomb.

    L’homme assis appartenait à l’espèce de ceux à qui on ne peut donner un âge parce qu’au-delà d’une certaine frontière les années se soudent les unes aux autres : impossible de les distinguer. Il ressemblait à ces vieillards qu’on voit arpenter les allées du marché avec un cabas qui ne se remplit jamais au bout du bras, un de ceux qui hantent les boulodromes, le foyer des anciens, le cercle républicain, les terrasses de café, avec une prédilection pour les plus étroites, coincées au ras de la rue. Là, sur leur chaise collée au mur, ils paraissent attendre des amis qui ne viendront plus.

    Celui-là cachait son regard sous la visière d’une casquette. Sans doute se reposait-il là après une matinée de travail, la taille des oliviers me semblait achevée depuis peu.

    Je l’ai salué, il m’a répondu d’un geste bref.

    — C’est tardif, cette année, non ? ai-je demandé.

    Il a marmonné à contrecœur quelques syllabes indistinctes. J’ai insisté, c’est des taiseux qu’on apprend le plus.

    — Où trouve-t-on la meilleure ? Je parle de l’huile. Ici ? À La Fare-les-Oliviers, au moulin de Velaux, ou bien vaut-il mieux pousser de l’autre côté jusqu’à Eyguières ?

     Cette fois, il a articulé avec soin :

     — Caforna, anglada, faisso, chasalou, cabot...

     — Je ne comprends pas ce que vous dites.

     L’homme a tourné son visage vers moi. Des yeux bleus, sous la casquette.

     — Je fais prendre l’air aux mots. Ceux-là ne sortent plus souvent maintenant. Rapparro, chambada, escamp, baou, granjon, clapas...

     Quelques-uns avaient résonné dans mon enfance ; des mots pour dire le paysage que façonne l’homme, la terre qu’il retourne, les pierres qu’il dresse.

     J’ai dit à mon tour :

     — Il faudrait les noter pour ne pas les perdre. Les paroles s’envolent, les écrits restent.

     J’ai sorti de mon sac un carnet et un crayon. L’homme s’est mis à rire.

     — Ce ne sont pas des paroles qu’on met en conserve.

     Il n’avait pas tort, j’ai rangé mon attirail. Les mots sont des organismes vivants, ils apparaissent, se répandent, puis un jour disparaissent faute d’usage. À quoi bon les empailler dans un lexique quand ils ne servent plus ? Pour que d’autres s’emparent de leur coquille vide et les folklorisent à des fins commerciales ? Le mas, l’oustau, le bastidon, lou toupin et lou cigalon, la jasse, et la magnanerie, les olivarelles : vestiges, des mots lyophilisés, maintenus artificiellement en vie. Les soins palliatifs sont inutiles, la langue ancienne est morte.

     J’ai tourné le dos au gardien des mots pour m’avancer vers les oliviers. J’ai ramassé l’une des branches coupées. Dans ma main, le poids d’un souvenir lointain : le temps des Rameaux, le brin d’olivier lourdement chargé de sucettes et de sucres d’orge drapés dans du papier crissant.

    Combien de temps ai-je suivi par la pensée mon chemin d’enfance, en cherchant à ramasser les petits cailloux qui j’y avais semés si longtemps auparavant ? Quand je me suis décidé à revenir enfin vers l’homme assis, il avait disparu. Qu’est-ce qui avait bien pu le faire s’envoler ainsi sans un bruit, sans un signe, sans un adieu ? N’était-ce qu’un fantôme surgi du passé ?

     Je me suis assis un instant à l’endroit exact qu’il avait occupé.

    La pierre était encore tiède.

     

     Un froissement de feuilles. À l’orée du champ se tient à présent une femme, jeune encore et belle, les cheveux noués en un haut chignon retenu par un ruban. Elle porte une longue robe de forte toile, à plis serrés et fines rayures, sur laquelle est noué un tablier de coton blanc. Je devrais être surpris par cette soudaine apparition mais cette silhouette m’est étrangement familière.

    J’examine plus attentivement ses traits.

    —Je vous ai déjà vue.

    Elle me sourit avec réserve.

    —Oui, je vous ai vue dans un vieil album de photos. Vous posiez en arlésienne. Avec le grand costume : plastron, guimpe de dentelles et les deux fichus.

     Je ne suis-je pas troublé par sa présence. Ce qui me la rend si naturelle ? J’ai un lien étroit de parentèle avec cette femme : nous avons le même goût pour noircir les pages d’un carnet.

     — Je vous ai lue.

    Elle hausse les sourcils.

    — Votre journal, un journal de jeune fille, des cahiers bleus oubliés dans un grenier qu’il a fallu vider quand la maison de famille a changé de mains. Votre écriture si fine, à l’encre violette. 1886 pour commencer. Je me souviens de vos récits de promenade à La Barben ou Charleval. Au printemps, vous poussiez parfois jusqu’à Saint-Chamas sous un ciel endimanché.

    Son visage rosit légèrement.

    —Votre journal de l’année 1909, plus qu’aucun autre, est resté gravé dans ma mémoire. Le séisme du 11 juin, la terre qui s’ébroue tout le long de la faille de la Trévaresse. En pleine nuit. Les villages détruits de Rognes, de Vernègues, de Venelles, les maisons jetées bas de Lambesc, du Puy-Sainte-Réparade, de Salon de Provence. Vous étiez institutrice à Saint-Cannat en ce temps-là, dès les premières heures du jour vous avez rejoint les équipes de secours. Il y avait tant de plaies à panser...

     Elle tend la main en direction du nord-est, vers le plateau.

    — Des ouvriers italiens travaillaient à Vernègues quand la terre a tremblé. Il était neuf heures du soir.

    C’est la première fois que j’entends sa voix. Les photos sont à jamais muettes dans les albums de famille.

    — Ce sont eux les premiers qui ont couru, à demi vêtus dans la nuit naissante, à travers la colline jusqu’au village voisin d’Alleins pour demander de l’aide. Des étrangers, des Italiens.

    — Pourquoi me parler d’eux ?

    — Pour ne pas qu’on oublie, me dit-elle.

     La jeune femme frissonne soudain. Une forte brise est venue secouer les branches alentour, elle porte avec elle un reste d’hiver ancien, la trace d’un de ces mauvais vents qui racornissent les pousses tendres, brûlent de leur haleine brune les feuillages nouveaux, les floraisons précoces. Après leur passage, les arbres ne donnent pas de fruits.

    —C’était avant que la litanie des noms s’allonge sur la pierre grise des monuments aux morts plantés au cœur de chacun de nos villages.

    Elle s’éloigne, muette à présent, elle s’efface. À l’autre bout de l’oliveraie, le silence, le creux dans la lumière qu’a laissé son absence.

      

    Je me suis remis en chemin. Les marcheurs doivent être loin ; il s’en trouve toujours un, le plus obstiné, le moins rêveur, à vouloir imposer sa cadence parce que pressé de toucher au but. Mais quel but ?

     Un bruit de cailloux qui roulent me tire de mes pensées. Un homme surgit au coude du chemin, la foulée vigoureuse, le visage hâlé de celui qui n’a jamais eu que le ciel au-dessus de sa tête pour travailler.

     Il s’arrête devant moi pour essuyer d’un revers de main la sueur qui coule de son front. Une zébrure rouge traverse sa paume. Le trait d’une cicatrice encore vive.

     Je lui demande :

    — Vous vous êtes fait mal ?

    — Oh, çà ? Ce n’est rien, nada, niente, walou... Souvenir de chantier.

     Cette soupe de langues me pousse à le questionner davantage. 

    — Vous venez d’où ?

     —Calabre, Andalousie, Kabylie ? Quelle importance ça peut bien avoir ? J’ai toujours été là qu’on a eu besoin de moi.

    C’est vrai. Toujours présent pour poser les voies, bâtir les viaducs et percer les tunnels de la Côte bleue, présent pour creuser les darses du port de Fos, présent pour le sel, le ciment et la chaux, le bitume et l’asphalte, le pétrole et la chimie, présent pour tailler les vignes, récolter les fruits entre Alpilles et Durance. Présent, présent, trois fois présent.

     Je l’interroge encore.

    — Vous allez où ?

    — J’aimerais rentrer chez moi maintenant.

    — De quel côté habitez-vous ? Vers Rognac, Lançon ?

    Il secoue la tête.

    — Mais vous êtes d’ici ?

    — Je l’ai longtemps cru, me dit-il. À présent, je me demande si je ne suis pas condamné à être de nulle part.

    Il me montre le sud.

    — Là-bas, au-delà de l’Étang de Berre, au bout du canal de Martigues : il y a la mer, je viens de là.

    — D’où qu’on la contemple, la Méditerranée est toujours la Mare Nostrum. La même mer, la même mère, nous sommes de la même famille, non ?

    L’étranger ne me répond rien. Il se remet en marche, d’un pas pressé, et disparaît derrière un bosquet de rouvres autour duquel s’arrondit le sentier.

    Il a tourné le dos à mes utopies.

     

    Plus loin. Plus tard.

    Passé Aurons, sur le plateau ras et venteux avant de redescendre par une piste boisée jusqu’à Vernègues.

    J’ai rejoint le groupe des marcheurs. Ils sont tous là : les habitués de la rando, les bibliothécaires, un trio d’adolescentes, l’homme en habit de broussard, quelques enfants, un solitaire. Arrêtés autour d’une large dalle de calcaire, blanche comme un os, marquée par deux sillons étroits et parallèles : la trace laissée par d’innombrables roues de charrettes, de charrois.

    Quelqu’un s’interroge :

    — Une voie romaine ?

    Un autre :

    — Combien faut-il de siècles pour creuser de pareilles ornières ?

    Ce n’est qu’en passant qu’on laisse une marque, sans mouvement pas de trace, nulle ligne de vie, nulle ligne de force. C’est aussi sous le pas étranger que se forge un territoire.

    La Via Aurelia et la Nationale 7.

    Routes d’empires, où les conquérants croisent les vaincus.

    La ruée des congés payés et la cicatrice du TGV.

    Armée des ombres, Jean Moulin, zone libre, occupée, libérée et la Routes des vins.

    Drailles, voies de toutes les transhumances, les exils, les exodes et pistes cyclables, trail, raid, éco-rando.

    L’incessant mouvement brownien de ceux qui vont et qui viennent, de ceux qui s’en viennent et s’en vont. Entrelacs de pistes, sentes, parcours, routes. Il suffit d’ouvrir une brèche dans la terre d’ici pour que l’Histoire affleure aussitôt, qu’elle déborde. 

     

    Je laisse les marcheurs à leur examen des vestiges passés et m’avance vers l’un des enfants qui nous ont accompagnés. Demain m’importe davantage qu’hier. À l’écart du groupe, une feuille de papier à la main, il note quelque chose du bout de son crayon.

    — Qu’est-ce que tu écris là ?

    Pas de réponse.

    — Je peux voir ?

    Il me tend le feuillet avec assurance. Je lis à voix haute ce qu’il a écrit au milieu de la page, une phrase :

    — J’ai vu de petits zèbres, jaunes et violets.

    Je demande :

    — Les iris nains qu’on a aperçus sur le chemin ?

    Il me sourit, satisfait.

     

    Tout territoire est un habit, ou mieux une peau qu’il faut sans cesse réinventer pour la tenir en vie.

    Au retour, à l’étape, au logis, je vide ma besace sur le bois de la table. Alleins, Aurons, La Barben, Berre l’Étang, Charleval, Eyguières, La Fare-les-Oliviers, Lamanon, Lançon de Provence, Mallemort, Pélissanne, Rognac, Saint-Chamas, Salon de Provence, Sénas, Velaux, Vernègues. Dix-sept pièces. Je les ai comptées. Pas une ne manque à mon récit.

      

    ©Patrice Favaro

    ©Pour Agglopole Provence

    Avril 2010.

     

     

     

     

     

     

  • Narbonne Salon littérature jeunesse avec Patrice Favaro: Ombres et petites lumières

     

     

     

    Merci à Fabienne Dardé pour ce compte rendu (si bien rendu!) de ma rencontre avec le CM2 Sévigné de Narbonne !

     

    extrait: Patrice Favaro nous transporte dans l’Inde d’aujourd’hui et de ses contrastes. De son écriture précise et colorée, il nous dépeint le quotidien, la culture du Kerala. Un texte qui donne à réfléchir sur la condition de la femme, l’instruction des enfants, les dommages d’un développement économique galopant.

    Une histoire qui se passe à l’autre bout du monde, au cœur des coutumes et des rites, au cœur d’un pays riche de contraste et de transparence . Pourtant, ce jeune public ne paraît pas dérouté. Les élèves se sont appropriés l’histoire de DIPIKA avec une facilité déconcertante, se laissant emportés par les couleurs et l’originalité de l’Inde qu’ils ne connaissent pas, donnant lieu à diverses recherches au sein de la classe. Ils se reconnaissent en DIPIKA et partagent sa vie le temps d’une lecture. La littérature n’a ni âge, ni frontière.

    le compte rendu en entier à lire ici

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  • Narbonne: retour sur une rencontre

    Dans le cadre dus Salon du Livre de Narbonne, j'ai rencontré plusieurs classes dans un lieu inhabituel: l'ancienne salle des coffres de la Banque de France!

    extrait du récit qu'en a fait Madame Rhinocéros:

    Patrice Favaro nous transporte dans l’Inde d’aujourd’hui et de ses contrastes. De son écriture précise et colorée, il nous dépeint le quotidien, la culture du Kerala. Un texte qui donne à réfléchir sur la condition de la femme, l’instruction des enfants, les dommages d’un développement économique galopant.

    Une histoire qui se passe à l’autre bout du monde, au cœur des coutumes et des rites, au cœur d’un pays riche de contraste et de transparence . Pourtant, ce jeune public ne paraît pas dérouté. Les élèves se sont appropiés l’histoire de DIPIKA avec une facilité déconcertante, se laissant emportés par les couleurs et l’originalité de l’Inde qu’ils ne connaissent pas, donnant lieu à diverses recherches au sein de la classe. Ils se reconnaissent en DIPIKA et partagent sa viele temps d’une lecture. La littérature n’a ni âge, ni frontière.

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    La chronique est à lire ici en entier.

  • Bambou kanak!

     

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    Chaque année, je suis enthousiasmé par le résultat de l'atelier écriture et illustration que Françoise Malaval et moi menons depuis pas mal de temps avec Aubagne Ville lecture et des élèves de deux classes de 6° du collège Lou Garlaban. Je ne peux pas parler des textes, ils sont encore en cours d'écriture, mais d'ores et déjà, on peut juger de la qualité des illustrations. Pendant quatre demi-journées réparties sur une même semaine, dans un lieu retiré au cœur de la pinède, les élèves découvrent une technique particulière et la mettent en œuvre pour illustrer l'histoire qu'ils sont en train d'inventer avec mes conseils. C'est inimaginable de voir comment ils pigent vite! Il faut dire que Françoise à l'art et la manière du partage!

     

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    En particulier parce qu'elle choisit à chaque fois des techniques tirées de son expérience des arts traditionnels et premiers. Cette année, pour la première classe, au programme la technique de peinture avec des bâtonnets qui est propre aux Aborigènes d’Australie.

     

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    Françoise a fait découvrir à la seconde classe le graphisme qu'on trouve sur les bambous gravés du peuple Kanak.

     

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    Et c'était un vrai bonheur d'entendre ces enfants parler à longueur de journée de "bambou kanak"! Une belle façon de rendre hommage à nos amis de cette terre lointaine qui restent si chers à nos cœurs... Denis, Juliette, Marie-Adèle, Laurence V, Laurence L. Gilbert, et tous les autres! On ne vous oublie pas!

     

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  • Ombres chez Ombres Blanches

    Très belle rencontre à la Librairie Ombres Blanches autour d'Ombres et petite lumière à Toulouse dont voici quelques retours.

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    La rencontre avec Patrice Favaro nous a plongé dans l’univers extraordinaire de son livre  “Ombres et Petite lumière”. C’est à travers divers voyages en Inde que l’auteur a découvert le pays des montreurs d’ombres et que cette histoire a vu le jour.

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    A lire ici en entier sur le blog Graines de critiques