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Indignations - Page 3

  • La vérité crue... n'est pas toujours bonne à dire?

    Ce qu'en pense une jeune documentaliste sur son bloc note Web à lire dans l'intégralité ici.

     

    "Un roman que j'ai beaucoup aimé lire. Les thématiques sont assez originales : le handicap de Jésus y est abordé de manière assez fine pour permettre une réflexion assez fine du lecteur sur ce que seraient ses propres réactions. Quant à la protection animale, j'ai pu lire dans certaines critiques que ça avait un côté Brigitte Bardot, mais je n'y ai rien trouvé de particulièrement outrancier... "


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    J'ai déjà évoqué ici (dans mon post A table!) les réactions hostiles, méprisantes ou les mises à l'écart de mon roman pour la jeunesse intitulé La vérité crue dont le tort, aux yeux de certains adultes, est d'avoir un jeune héros végétarien.Je profite de l'occasion pour rappeler ici un vieil adage... quand on veut tuer son chien, on l'accuse de la rage. Il semble qu'en France (c'est en effet particulier à ce pays qui voit ressurgir peu à peu ses vieux démons au point que j'ai de plus en plus l'impression d'habiter en fachotrie ), un bouquin pour la jeunesse dont le héros est végétarien semble relever du dernier tabou aux yeux de certains. Le sentence tombe inévitablement... c'est du Brigitte Bardot. BB est l'épouvantail (facho aussi) que ces "bons penseurs"  sortent à tout coup pour se donner bonne conscience et, justement, étouffer les relents de mauvaise conscience qui remontent parfois de leurs assiettes.

    Je n'irai pas jusqu'à parler de végéphobie comme d'autres le font (voir ci-dessous), mais il est évident que quelque chose de cet ordre se manifeste dans la société française toute confite de son arrogance gastronomique. Pour avoir écrit La vérité crue, je peux témoigner de l'ostracisme dont le végétarisme est victime en France. La mafia de la viande n'y est sans doute pas étrangère: je reparlerai un de ces jours des livres illustrés qu'elle distribue largement dans les écoles où l'on voit un petit ours ne bien grandir que parce qu'il mange... du boeuf (sic).

    On lira ce qui suit (dont je ne partage pas forcément tous les points) pour se forger une opinion en la matière.

     

    « Végéphobie » : quand les végétariens se sentent discriminés

     

     

    La Veggie Pride, c’est votre voix pour les animaux!

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    Le Manifeste de la Veggie Pride

     

    Ophélie Gimbert présente

    Végéphobie à la française !

     

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    Respect of the rights of vegans and vegetarians

     

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  • A table!

    Je lis sur le Huffington Post:

     

    DROIT DES ANIMAUX - Essayez d'aborder la question de la condition animale, à table, au hasard devant un steak-frite. Réaction garantie. On vous regarde du coin de l'oeil, on s'interroge...Encore un lecteur de 30 millions d'amis? Un fan d'Allain Bougrain-Dubourg? Pire... un végétalien? Si vous vouliez tuer l'ambiance, c'est gagné. Car en France, droits des animaux ou éthique animale, c'est motus et bouche cousue, sujet tabou.

    Lire l'article en entier ici:Droit des animaux : pourquoi ça coince en France


    Tout à fait exact: se contenter d'être tranquillement végétarien à table (ou comme je me définis moi-même: végéterrien), c'est comme émettre un bruit inconvenant au même endroit. Deux réactions. Les gênés: "Oh moi, vous savez, j'en mange très peu, vraiment rarement".  Et puis, les agressifs, ceux qui font claquer haut et fort la bannière du viandard sans complexe et entendent amuser la galerie en  infligeant une leçon de réalité au doux rêveur que vous êtes: "Et ta ceinture, hein, elle est en quoi? Et tes chaussures, hein? Et les moustiques, hein? T'en écrases jamais?" Je n'exagère rien, le pire étant: "Et les animaux, hein? Ils se mangent pas entre eux?" Vous doutez de ce que je rapporte ici? Je vous donne en exemple l'extrait d'une critique concernant mon roman La vérité crue dont le héros est "scandaleusement" végétarien aux yeux de l'auteur d'un blog qui se veut spécialiste en livres jeunesse.


    "On aurait envie qu’un personnage non-végétarien pousse un peu le garçon dans ses retranchements/.../ et  lui fasse remarquer que ses amis les loups, les porcs et de nombreux poissons sont omnivores."

    Visiblement, ce monsieur connaît assez mal le régime alimentaire des loups, mais bref, passons! Il n'y a pas qu'à table que sévissent les ayatollahs de la nourriture carnée pour tous. Il est un autre lieu où règne le tabou le plus absolu sur ce genre de sujet: l'école. L'article cité plus haut poursuit:


    "Pour beaucoup d'enseignants, il y a encore des tabous. On veut bien parler de philosophie animale (sa nature, sa manière d'être au monde, sa différence avec l'humain), c'est-à-dire en rester au plan descriptif, mais il est beaucoup plus difficile de parler d'éthique animale (statut moral des animaux), c'est-à-dire d'avancer sur le plan normatif et de remettre en cause des habitudes bien ancrées, comme l'exploitation des animaux pour se nourrir, nous tenir compagnie, se divertir ou faire de la recherche."


    J'en ai fait l'amère expérience avec mon dernier roman jeunesse La vérité crue, disais-je. La critique (sanglante) évoquée ci-dessus émane d'ailleurs d'un enseignant blogueur à ces heures qui en me lisant à visiblement "vu rouge". Rouge sang, ça va de soi. Qu'on en juge avec ces échantillons de la prose du dit enseignant (dont je tairai l'identité par charité).

    Un road movie baba-cool qui vous mènera dans les alpages et dans un univers écolo-végétarien quelque peu militant.


    L’auteur a fait de son personnage enfant puis ado un militant fanatique du végétarisme.


    Ses poses de martyr brigittebardesque agacent vite, et desservent sa cause.


    À réserver donc aux inconditionnels de Brigitte Bardot.

     

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    Ceux qui m'ont réllement lu apprécieront l'exercice de mauvaise foi contenu dans ces traits, ceux qui connaissent mon engagement contre le FN que soutient BB aussi. Mais laissons cela. Habituellement, enseignants et documentalistes recommandent assez chaleureusement mes bouquins. Mon avant-dernier roman, "Mahout", paru chez le même éditeur, Thierry Magnier,  a été sélectionné, tout comme les précédents pour une trentaine de prix et de manifestations littéraires ce qui m'a permis de rencontrer plusieurs centaines de collégiens. Hors, la Vérité crue, depuis sa parution en octobre 2012, n'a provoqué aucune des ces habituelles invitations. Pas la queue d'une ! Pourquoi ? Un mauvais livre ? Ce n'est pas à moi d'en juger mais d'autres critiques de véritables professionnels de la littérature jeunesse (comme Croqu'livre, ici) tout comme pas mal de mes pairs comme l'illustratrice Sara ou l'auteur Marie-Florence Erhet, ou encore des jeunes lecteurs et lectrices (ici) me laissent entendre tout le contraire. Alors, quoi ? Sujet tabou ! Sujet qui met en jeu des thèmes identitaires.


    Dans sa préface à L'Éthique animale, le philosophe raconte d'ailleurs l'hostilité à laquelle il s'est heurté lors d'un voyage en France dans les années 1970:

    "Contrairement à l’Angleterre, où les végétariens étaient encore inhabituels mais tolérés comme de simples originaux, en France notre demande de plats sans viande ni poisson était accueillie avec une hostilité ouverte. C’était, nous l’avons réalisé progressivement, parce que nous tournions le dos à ce que les Français regardent comme l’une des grandes gloires de leur culture : la cuisine. C’était comme si nous avions craché sur le drapeau tricolore."

    "Cette tradition culinaire dérivée du caractère agricole de notre pays explique le sens que l'on donne à l'animalité" estime pour sa part le biologiste Georges Chapouthier. Un bon sens paysan pas toujours aimable avec les bêtes. Ses corollaires historiques? La chasse et la pêche, qui constituent encore des lobbies démesurément puissants en France, à l'image de l'agroalimentaire, le premier employeur de France, et dont la filière viande constitue la colonne vertébrale.

    Sujet également dangereux, parce qu'il risque de mettre en porte à faux l'enseignant vis-à-vis des si redoutés parents d'élèves.

    Une anecdote à ce sujet: je suis reçu dans un collège pour rencontrer des élèves de 5éme. A l'issue de la rencontre, un élève dévoreurs de livres (ça existe encore) me demande quel est le dernier de mes romans parus. Je lui tends La vérité crue... Le documentaliste bondit tout à coup en lançant à mon jeune interlocuteur  un tonitruant et définitif: "Ce n'est pas un roman pour ton âge!"

    Qu'est-ce qui a donc effrayé à ce point dans mes pages ce professeur, au demeurant extrêmement sympathique ? La peur de voir des parents ulcérés venir le trouver en lui disant: "Depuis que vous avez fait lire à mon fils un de vos bouquins débiles, il ne touche plus à un morceau de viande"? Sujet tabou, vous disais-je, et visiblement pour longtemps:

     

    Selon Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, avant juin 2012, les chasseurs qui ne représentent que 2% des Français étaient représentés par 27% des députés à l'Assemblée nationale, et 23% des sénateurs, les groupes parlementaires pro-chasse comptant alors 158 membres à l'Assemblée et 79 au Sénat, pour 1,3 millions de chasseurs. "Un record européen", estime le philosophe.

    Témoignage discret mais probant de leur influence, en avril 2011, un projet de réforme du statut des animaux validé par le Conseil économique social et environnemental a finalement été stoppé net, à la suite de violentes tensions entre les naturalistes et les représentants des chasseurs, des pêcheurs et des agriculteurs. "La pression des lobbies a été si forte qu'elle a rendu tout débat impossible sur ce sujet éthique," regrettait alors Allain Bougrain-Dubourg.

    Concluons avec un dernier extrait de cet excellent article paru sur H.P.

    Questions à Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, enseignant-chercheur à la Faculté de droit de l'Université McGill (Canada)

    Avant de penser à donner des droits aux animaux, ne faut-il pas d'abord s'occuper de ceux des hommes?

    C’est un raisonnement fallacieux, connu sous le nom de "sophisme du pire". Il consiste à dire que X n’est pas un problème puisqu’il y a pire que X, et que l’on devrait donc concentrer toute son énergie sur ce pire que X. Non seulement ceux qui professent ce genre de conseil seraient bien en mal de l’appliquer eux-mêmes – consacrent-ils tout leur temps à la résolution de ce qu’il y a de pire sur terre ? – mais ils présupposent une contradiction qui dans les faits n’existe pas. S’occuper du bien-être des taureaux de corrida empêche-t-il de prendre soin des hommes ? En réalité, ce sont souvent ceux qui citent les enfants du tiers-monde comme un prétexte pour ne pas se soucier des animaux qui ne font strictement rien ni pour les uns ni pour les autres, alors qu’une grande partie de ceux qui se soucient du bien-être des animaux militent également contre la misère humaine, parce que l’humanitarisme intelligent passe la frontière des espèces.

    Quel est le principal obstacle à l'extension des droits animaux dans un pays comme la France?

    Les lobbies des "exceptions culturelles", comme la corrida et le foie gras, et de l'industrie agro-alimentaire en général. Mais aussi l'état d'esprit, le spécisme, pour les raisons philosophiques expliquées plus haut, qui mettra du temps à évoluer

    On pourra lire utilement les livres suivant sur le sujet pour se faire une opinion... éclairée.

     

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  • La vérité crue... est toujours saignante

    Entrée du personnel documentaire à voir de Manuela Frésil. Ce qu'en dit Olivier Séguret (extrait)

    Au fil du film, on comprend aussi que ces métiers de l’abattage rendent littéralement malades leurs employés et que, très fréquemment, ils souffrent de maux situés «là où on coupe les bêtes», preuve supplémentaire, s’il en fallait, du dérèglement contre-nature au prix duquel une telle industrie peut exister. «La nuit, je rêvais de la chaîne, rapporte un témoin, mais c’est plus les cochons qu’étaient pendus, c’était les êtres humains. C’est la viande qui fait ça.»

     

    De la viande 100% pure peur (article en entier sur Libé ci-contre)

    C'est quelque chose de voisin que je décris dans mon roman La vérité crue (éditions Thierry Magnier, 2012):

    extrait:

     

    — Ouais, c’est ça, pour rouler ma bosse à travers le pays. J’fais des petits boulots, ceux dont personne ne veut. Les plus moches. Comme pour l’élevage de visons. Avec la vie que j’ai eue, j’ai appris à encaisser, mon seuil à moi, il faut aller loin pour le trouver, très loin. Pendant quelques semaines, j’ai travaillé dans un abattoir. C’est vrai ce que t’as dit tout à l’heure : si les gens savaient ce qui s’y passe… des bêtes mal assommées, encore conscientes, suspendues à des crochets et qu’on… Mais celui-là d’abattoir, c’était pas le pire, les choses se faisaient aussi bien que possible. Chaque homme, parce qu’il y a que des hommes qui travaillent là-dedans, connaissait son boulot et il le maîtrisait. On tue, on ouvre, on vide, on tranche, et tout ça avec des gestes précis et sûrs. Moi, j’faisais un remplacement, j’étais au nettoyage des sols et du matériel, faut des jets puissants pour ça : des lances à incendie. Un abattoir ultramoderne, un truc performant. Voilà qu’à la fin d’une journée, il reste plus qu’une bête à tuer pour terminer le boulot. C’est le tour d’un petit cheval.

     

    Angélina a un haut-le-cœur.

     

    — Du cheval ?

     

    — Oui, pour fournir les boucheries qui font ce genre de viande. Le seuil, tu vois ce que j’te disais ? Pour toi c’est le cheval ; pour les autres le chien, le chat ; dans d’autre pays, le porc, la vache. Chacun le sien. Donc, on est à la fin de la journée et le type chargé de l’abattre s’aperçoit que le petit cheval pleure. J’te jure, j’mens pas. Ça se passait à Chambéry, on doit s’en souvenir encore là-bas. Le gars appelle tous ceux qui sont dans les parages, moi avec : c’est la première fois qu’une chose pareille arrive. Le petit cheval a compris ; toutes les bêtes comprennent : l’odeur du sang, la vue, l’ouïe, l’instinct. Mais le petit cheval ne renâcle pas comme font les autres, il songe même pas à fuir ou à hennir. Non, il pleure, simplement il pleure. Deux grands yeux mouillés. Le gars qui devait l’abattre, il a pas pu. Personne d’autre non plus. Pas ce jour-là en tout cas.

    C'est ce qui m'a valu l'infamie qualificative de "B.Bardot" de la part de quelques crétins prétendument spécialistes de livres jeunesse mais surtout ayatollahs du discours bien pensant carnivore. Or le passage de ce texte est entièrement basé sur les déclarations d'un ancien directeur de l'abattoir de Chambéry. Témoignage public puisque c'était à la radio, sur France Inter précisément il y a quelques années.

    Un belle critique sur Croq'Livre en cliquant sur la couverture ci-dessous.

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