20/10/2005

Plumes

Écœurement.
Oui écœurement sans limite devant ces images de milliers de poulets enterrés vivants (ça va plus vite), ces volailles palpitantes qu'on étouffe en vrac dans des sacs poubelles (ça va plus vite), ces dindons qu'on jette encore frémissants dans des incinérateurs (ça va plus vite). La psychose de la grippe aviaire nous montre à quel point la barbarie est habituelle à l'homme. Chasser le naturel, et il revient au galop… ou plutôt à tire d'aile.
Ces traitements révoltants, on ne peut même pas les qualifier d'inhumains, car ce sont bien des êtres humains doués de raison, de pensée, qui les pratiquent sur des animaux qui, prétendons-nous, en sont dépourvus. Théodore Monod disait qu'il serait grand temps que l'homme s'hominise enfin. Oui, parce que ce temps risque fort de venir à nous manquer si l'on continue à s'efforcer ainsi de tout détruire autour de nous.
"Mais ce ne sont que des bêtes" m'objectera-t-on… Quelle connerie! Ils faut vraiment être aveugle pour ne pas voir qu'elles partagent avec nous la crainte, la peur de la souffrance, la fuite devant la douleur, la panique, et sans doute même l'angoisse face à une mort proche. Et qu'on ne vienne pas me dire qu'être sensible au sort de bêtes, c'est ne pas l'être au sort des hommes.Connerie encore!
Démonstration.
Le processus mental qui permet à des hommes d'accomplir de tels actes de brutalité abjecte est exactement le même que celui qui était en vigueur dans les camps de la mort. Je ne compare pas les faits, entendons nous bien, j'en entends déjà qui hurlent d'indignation devant ce rapprochement, les faits sont de nature différente, je ne prétends pas le contraire, mais ce que je mets en parallèle, c'est cette défaillance morale qui fait qu'en ne donnant plus à l'autre qu'une valeur d'objet, on s'autorise toutes les monstruosités. Que cet autre soit homme ou bête, qu'est-ce que ça change? Le tortionnaire perçoit l'autre comme simple objet à sa disposition, le violeur aussi. Et tout "autre" peut être cet objet, on le voit chaque jour: hommes, femmes, enfants, bêtes.
Alors pourquoi plus précisément ce souci de la condition animale? Parce qu'il me semble que tant que nous manquerons d'une compassion minimale envers les êtres les plus faibles que sont en vérité les animaux… le pire sera toujours à craindre entre nous mêmes.

PS. À ceux qui penseront: "Non, mais qu'est-ce qu'il a lui, à nous emmerder! On ne les tue peut-être pas les animaux qu'il doit bouffer?" Je répondrai: il y a près de trente ans que j'ai renoncé, comme le disait le sage indien Birbal, à faire de mon estomac… un cimetière pour les animaux.
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